De l'avis de tous P. Séguin était un homme attachant. Au-delà de ces qualités strictement intimes, ses prouesses politiques ces 30 dernières années sont en demi-teintes. Pour E. Todd, P. Séguin représente l'étape obligatoire de l'oligarchie RPR pour s'affranchir définitivement de la matrice gaulliste. Un point de vue anthume qui tranche avec l'unanimisme de la sphère meditico-politique. Mais on le sait les morts sont toujours de garands hommes.

"...l'homme qui a le mieux démolit l'idée de nation, je choisirai P. Séguin, dont la carrière est en vérité tout à fait extraordinaire. En 1992, il s'impose comme leader de l'opposition au traité de Maastricht, héraut autoproclamé de la nation républicaine. Le oui l'emporte d'extrême justesse, à son grand soulagement. P. Séguin ne continue pas la lutte, si bien engagée, mais échange aussitôt la France contre un bureau de tabac, 2 plutôt, successifs, la présidence de l'Assemblée Nationale en 1993, puis celle de la Cour de comptes en 2004. Muet durant le débat de 2005 sur le traité constitutionnel Européen, il trouve le moyen de garder sa réputation d'homme bourru, colérique et pourquoi pas, intègre. Il a en réalité appris la trahison à une génération politique. Il n'est guère étonnant de retrouver en 2007, autour de Sarkozy, autant d'anciens proches de Séguin : R. Karoutchi, qui fut son chef de cabinet à l'assemblée nationale et son conseiller politique, à H. Guaino, pourfendeur de la "pensée unique"et anti Maastritchien notoire, sans oublier les anonymes. À tous, Philippe Séguin a démontré par ces actes que la nation républicaine, c'était pour rire, un truc pour monter dans la hiérarchie de la bande RPR. Le séguinisme a été une étape nécessaire pour les hommes politiques d'origine gaullistes qui accepetent aujourd'hui sans broncher la transformation de la Fance en satellite dès États Unis. Nous sommes donc injustes lorsque nous insistons trop exclusivement sur la trahison du Parti socialiste. Le parti gaulliste aussi s'est renié, dans les mêmes proportions,.."

Après la démocratie page 28 et 29 - E. Todd - Gallimard 2008

Il est intéressant de se souvenir  qu'E. Todd se soit prononcé pour un "oui résigné" au TCE en 2005.

 

Vogelsong - 9 janvier 2010